Marché des assurances en France: la compétitivité par l’externalisation

La crise des sub-primes qui a frappé de plein fouet les institutions financières en général et les assureurs en particulier a eu le mérite de mettre en évidence une nécessité urgente de gain de compétitivité dans le secteur de l’assurance. Cette crise a de fait confirmé une fragilité systémique de ce secteur, fragilité qui n’avait pas échappé aux régulateurs européens. Ceux-ci avaient déjà engagé la réforme des assurances par le projet réglementaire Solvency II.
Malgré une reprise de la croissance en 2010, le marché continue à enregistrer une forte détérioration de la sinistralité. En France, le marché dommages a enregistré en 2010 une croissance de 1,4% tandis que les prestations versées ont bondi de 6,9% (estimations Xerfi). La masse assurable progresse peu et la concurrence se fait de plus en plus agressive. Cet environnement incertain amène les assureurs à interroger leur modèle de profitabilité et à engager progressivement une révision de leur structure de coûts. Cela avec en arrière plan une économie qui peine à redémarrer et des exigences de régulation de plus en plus pressantes.

Dans ce secteur où l’efficacité des traitements back office est devenue un vecteur prépondérant dans la recherche de productivité, l’informatique prend un rôle de plus en plus central. La gestion des contrats et des sinistres tend ainsi aujourd’hui vers une informatisation complète. Dans ce contexte, les Directeurs de Systèmes d’Information se trouvent en charge d’atteindre deux objectifs difficilement conciliables :

D’une part garantir un bon niveau de support et d’évolutivité capables de suivre la croissance de l’informatisation des transactions et d’autre part comprimer les coûts de la maintenance des applications.

Aujourd’hui 70% des budgets alloués à l’informatique dans le secteur de l’assurance sont dédiés à la maintenance et aux infrastructures. Seuls 30% sont investis dans des projets d’évolution (source Agefi). Un des axes choisis par les DSI pour rééquilibrer ces budgets est de transformer les coûts fixes en coûts variables.

L’externalisation est dans cette perspective un outil qui permet aux DSI de réduire les coûts et de variabiliser les frais de maintenance. Le modèle d’externalisation s‘appuie sur plusieurs leviers :

- Industrialisation des processus

- Capitalisation et mutualisation de la connaissance

- Gestion optimale des baisses de charge

Cette approche permet de peser sur les frais de structure tout en déplaçant le barycentre des directions SI vers le métier. En sous traitant les activités de back office, les collaborateurs SI peuvent se consacrer à des activités à plus forte valeur ajoutée telles que l’assistance fonctionnelle aux utilisateurs ou la définition de projets d’évolution des systèmes. Certains assureurs font ainsi le choix d’externaliser des activités périphériques et de se focaliser sur le cœur de leur métier. Aviva France a externalisé les activités d’éditique et de surveillance des traitements par lots pour se concentrer sur le support d’activités stratégiques telles que la distribution et la relation client. En 2009, 80% de l’activité interne de leur pôle SI est concentrée sur ces sujets (Source Agefi).

Ainsi, l’externalisation qui se voulait essentiellement un facteur de réduction des coûts se trouve souvent à l’origine d’un rapprochement entre les DSI et le métier.

Les systèmes des assurances restent souvent spécifiques et requièrent un savoir faire très spécialisé. Dans un secteur qui comporte de multiples ramifications et une complexité certaine, la spécialisation technique et métier conserve un poids important dans le processus de sélection des prestataires. Les expertises sont souvent organisées par blocs applicatif (IARD, Vie, Santé, Collectives, Retraites, gestion de contrats, gestion de sinistres, gestion des référentiels, gestion de la relation client pour tous les types de réseaux de distribution, …) et ceci avantage les prestataires qui ont su s’organiser sur ce modèle.

Un quart des DSI des sociétés d’assurances françaises interrogés déclare avoir un projet d’externalisation (source : L’Argus de l’Assurance). Dans sa recherche de compétitivité, l’industrie de l’assurance se tourne désormais fortement vers l’externalisation comme l’ont fait d’autres grandes industries dans le passé.

Selim Boughedir